Eloul - Laisser parler sa néchama par Mariacha Drai
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Eloul - Laisser parler sa néchama

LAISSER PARLER SA NÉCHAMA 

 

Le mois d'Eloul constitue dans la tradition juive un mois de préparation aux grands rendez-vous du mois de Tichri : Roch Hachana, Yom Kippour et Souccot.

C’est le moment de faire le bilan sur l’année écoulée : avons-nous été à la hauteur de nos projets édictés l’an dernier ? Comment nous positionnons-nous pour l’année à venir ?

 

 

 

Roch Hachana est avant tout le jour anniversaire de la création de Adam.

Ce même jour, Adam va faillir à sa mission en consommant le fruit défendu. Éprouvant une honte immense, il tente de se cacher de D' dans le jardin d’Eden.

C’est alors que D' s’adresse à lui en ces termes : Où es-tu ? ''וַיֹּאמֶר לוֹ אַיֶּכָּה''

« Il s’agit bien entendu d’une question rhétorique, à travers laquelle Hachem demande à l’Homme de se positionner et de faire une introspection : où en es-tu ? Où te situes-tu par rapport à ton potentiel et à tes objectifs ?

 

 

Chaque année, le jour de Roch Hachana, retentit à nouveau dans le monde cette voix de D' qui s’adresse à l’Homme et lui demande : « alors ? où es-tu ? ».

Afin de tenter de réussir à apporter une réponse à cette immense question, il est impératif de s’y préparer durant le mois qui précède Roch Hachana.

L’objectif est de réussir à précéder la question de D' en s’interrogeant avec sincérité sur notre personne.

Quiconque a tenté de se poser des questions sincères sur soi sait qu’il s’agit d’un exercice extrêmement difficile.

 

 

En effet, il s’agit d’interroger son moi intérieur, le plus profond, le plus authentique, cette voix qui émane de l’essence de l’être.

C’est une voix qui est présente, qui existe mais que nous sommes rarement capables d’entendre.

De fait, il est vrai qu’il existe une autre voix en nous, bien plus forte, bien plus insistante et exigeante : la voix qui exprime les besoins du corps !

 

 

Celle-ci est toujours entendue car elle s’exprime avec force et est indispensable pour notre survie physique. On l’entend quand on a faim, soif, sommeil, mal ou qu’un désir se fait ressentir.

Bien souvent, l’urgence ou la nécessité du moment nous rendra sensible à la voix qui exprime les besoins du corps et insensible à la voix calme et profonde qui exprime les besoins de l’âme.

Car c’est en effet de l’âme qu’il s’agit ici.

Tout au long de notre vie, ces 2 voix s’expriment en nous : l’une pour préserver le corps et l’autre pour assurer l’authenticité de l’être.

 

 

Le rav Adin Steinsaltz, dans son livre intitulé “néchama”, explore l’âme et la voix intérieure qui permet à l’âme de s’exprimer.

Il y pose une question essentielle et métaphysique : la néchama souffre t-elle ? Et si c’est le cas, comment cela s’exprime t-il ?

Quand et comment percevons-nous les douleurs de la néchama ?

Le rav Steinsaltz explique que la néchama ne se contente pas d’être une réalité abstraite liée aux mondes supérieurs.

Quand elle pénètre au sein d’un corps, elle œuvre en vue d’une finalité bien précise et dans l’objectif d’impacter le réel.

 

 

Ainsi, il semble que la souffrance la plus basique de la néchama soit liée à son impossibilité à se déployer librement et à atteindre ses objectifs.

C’est la souffrance d’une essence qui ne peut se réaliser, qui ne parvient pas à être.

Cette expression de l’âme évolue tout au long de l’existence et est fonction de la capacité de chacun à cheminer plus ou moins dans le sens de la néchama, ou au contraire en opposition totale à ses besoins.

 

 

De plus, étant donné que nous avons une conscience limitée de notre âme et que celle-ci ne s’exprime que par des moyens détournés, la douleur de l’âme n’est pas aussi facilement perceptible qu’une douleur corporelle ou émotionnelle.

Ainsi, une personne peut durant de nombreuses années ressentir une souffrance liée à son âme sans pour autant repérer l’origine réelle de sa souffrance.

Elle se dira éventuellement que la vie est complexe, qu’aucune situation n’est parfaite sans réussir à visualiser l’origine du mal-être.

 

 

Il existe un phénomène paradoxal lié aux douleurs de l’âme : l’homme n’a de cesse de tenter de taire ces douleurs, de les enfouir et faire en sorte de les faire disparaître.

L’appétit exceptionnel de l’homme pour tout ce qui relève du monde des loisirs, des jeux, du bien être à outrance n’est qu’une façon détournée d’oublier ce que cherche à exprimer l’âme.

La consommation de drogues a pour première fonction de tenter d’oublier “ce qui fait mal”, ainsi que tout ce qui peut être proposé à l’individu pour “oublier” ou “ne pas ressentir''.

 

De même, en discothèque, les bruits, les projecteurs, les goûts, les sensations et les odeurs sont massivement investis afin de vivre, en l’espace d’une soirée, une pseudo-sensation de plénitude sensorielle.

Les sens étant tous occupés à ressentir, il n’y a plus aucun espace pour entendre ce que l’intériorité la plus profonde a à dire.

La plupart du temps, l’homme court, non pas pour atteindre un endroit précis mais plutôt pour en fuir un autre, celui qui crée la rencontre de lui avec lui-même.

 

 

Ainsi, afin de ne pas accumuler d’année en année des “fuites en avant”, et de ne pas s’installer dans une vie qui ignorerait tout de l’authenticité de l’être, un des conseils donné par nos sages est le suivant : pour entendre un bruit qui est peu perceptible, coupons nous des bruits de ce monde.

Certains de nos prophètes allaient dans le désert afin de profiter du silence pour entendre la voix prophétique.

L’idée est de se couper le plus possible des bruits environnants qui nous assaillent et ce, de façon régulière.

 

 

La Hassidout Breslev a fortement développé cette idée en créant le concept de Hitbodedout. Dans sa racine, ce mot vient de “badad”, qui signifie “seul”.

Conjugué à la forme réflexive, cela signifie "se mettre en état de solitude".

C’est une forme de solitude désirée et recherchée.

L’objectif de l’exercice n’est pas de rentrer dans un état de trans mais de limiter au maximum les parasites extérieurs afin de pouvoir se connecter à son intériorité la plus profonde.

 

 

D’après les écrits de Rabbi Nahman de Breslev, l’idéal serait de pouvoir se rendre dans un endroit inhabité et en particulier au milieu de la nuit, quand les désirs et les convoitises de ce monde sont au repos (Likoutei Moharan I, 52).

 

 

De plus, Rabbi Nahman précise « Quand une personne médite dans les champs, toutes les herbes se joignent à sa prière et accroît son efficacité et son pouvoir, et plus particulièrement au mois de Eloul, quand le roi est dans le champ » (Likoutei Moharan II, 11).

Puis, la personne épanche son cœur à Dieu dans sa langue maternelle, en décrivant toutes ses pensées, ses sentiments, ses problèmes et ses frustrations. Cet épanchement vrai, sans artifice, sans spectateurs et sans bruits parasites permet d’atteindre un niveau de proximité avec soi-même remarquable.

 

 

Il s’agit ici de réussir non seulement à ignorer les bruits produits par notre environnement naturel, mais aussi d’ignorer ceux que nous nous infligeons à nous même.

C’est alors que la voix de la néchama peut se faire entendre.

Des fois sous la forme d’un regret mais d’autres fois sous la forme de questions : “Qu’ai-je fait ?”, “Qu’ai-je l’intention de faire ?”...

 

Cette voix parle, chuchote, remarque, explore et interroge... Plus une personne sera à l’écoute de sa néchama, plus elle saura impacter positivement son existence, observer le monde différemment et y laisser une trace différente !

Une petite histoire très récente qui illustre merveilleusement bien la notion de Hitbodedout : Je n’oublierai jamais cette si jolie jeune fille qui arrive chez moi ce vendredi matin du mois de juin.

Elle m’avait appelée pour me rencontrer, et avait juste eu le temps de me dire qu’elle était perdue.

 

 

Elle m’a rapidement exposé son dilemme : elle vivait en couple depuis 5 ans avec un non juif, ils s’entendaient bien et projetaient leur avenir cote à cote.

Le problème apparut du côté de sa maman.

Celle-ci pouvait accepter cette relation tant qu’il n’y avait pas de projet sérieux, mais n’envisageait absolument pas que sa fille puisse épouser un non juif !

 

 

La jeune fille était en larmes, perdue entre son cœur et sa raison... Nous avons discuté un long moment, l’échange était riche et la souffrance de cette adorable jeune fille si palpable.

Barou'h Hachem, 15 jours après notre entretien, elle m’annonce qu’elle a rompu et qu'elle se sent en accord avec elle-même ! Quelle force !

 

Quand quelques mois plus tard, je l’ai interrogée pour savoir comment elle avait eu la force de cesser cette relation, elle me dit : « c’est surtout une phrase précise que tu m’as dite et qui m’a longuement fait réfléchir.

Tu m’as dit que la première personne avec laquelle il fallait que je m’entende bien tout au long de ma vie : eh bien c’est MOI!

 

Puis tu m’as questionnée : es-tu en accord avec toi-même ? Je me suis alors longuement posé cette question : suis-je en accord avec moi-même ? Qui est ce moi-même ? »

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Mariacha Drai

Enseignante de Torah, conférencière, thérapeute de famille et de couple, rabbanite, mère de 6 enfants, Mariacha a débuté sa carrière en tant qu’ingénieure en Israël.

Lors de son retour en France, elle se reconvertit et se dédie à ses passions : l’enseignement de la Torah et le questionnement identitaire.

C'est au séminaire d'Ofakim dirigé par le Rav Cohn que Mariacha a été formée à l'étude des textes bibliques et des commentaires . Plus tard, elle poursuit son apprentissage et se tourne vers les enseignements de Rav Moshé Shapira z"l et du Rav Pinhas Friedman et de facon plus générale vers la Hassidout. 

Elle commence par enseigner à des lycéennes qu’elle suit jusqu’à leur mariage et organise le premier séminaire Bohi Kala dès 2015. Sa carrière de conférencière est lancée, son auditoire s’élargit géographiquement et démographiquement ! Elle intègre alors l'équipe Lev du Rav Elie Lemmel. Des femmes de tout âge et de tout niveau spirituel suivent ses cours. 

Aujourd'hui Mariacha Drai est thérapeute de famille et de couple et enseigne la Torah à travers conférences et séminaires.


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